Le fiscaliste ntowe

GLOBALISATION ET AFRIQUE : LE FOSSE SE CREUSE

Alexander Hamilton, le penseur et théoricien de la politique économique des Etats Unis disait  avec force: “La vraie industrialisation doit reposer sur le développement d’un appareil productif interne"

Et l’histoire est là pour nous apprendre que les attardés risquent à chaque instant l’élimination.

Il a été dit de manière assez constante que la nation africaine ne se fera pas si une élite consciente et conscientisée ne se décide pas un jour, au prix d’efforts non comptés, à œuvrer, où qu’elle se trouve, pour la promotion du continent africain. C’est une loi de l’histoire que les grandes civilisations fondées par les peuples n’ont pu éclore que sous la poussée d’élites dirigeantes formées à un patriotisme et à un nationalisme sans faille, travaillant avec et dans le sens des intérêts des peuples. A cet effet, les idées jouent un rôle capital dans la transformation du monde et tout processus de changement décisif ne peut s’effectuer qu’en fonction d’une grande vision tant il est vrai que « tout ce qui s’est fait de grand, s’est fait au nom d’espérances exagérées ».

Face aux idées novatrices coexisteront toujours des idées conservatrices ; c’est l’homme qui assumera donc la charge de l’innovation. Il l’assumera contre le groupe qui cherche à le freiner par tous les moyens, mais essentiellement en dénonçant comme déloyaux ou illégitimes les comportements qui les menacent. Les forces du progrès, diffuses dans tout le corps social doivent s’organiser afin de favoriser l’éclosion de nouveaux pôles de l’économie, de la science et de la culture.

Au rang des idées à promouvoir par la réflexion africaine, figure en bonne place celle ayant trait à l’économique, avec ses appendices que sont la politique monétaire et la politique fiscale. S’agissant de la politique fiscale justement, il y aura lieu de définir un impôt « africain », adapté au contexte culturel, aisé à recouvrer, adapté au développement de l’Afrique et empruntant aux modèles occidentaux de la modernité fiscale.

Pourquoi une telle réflexion urge t-elle ?

Le siècle s’affole, chaque nation fourbit ses armes, l’Afrique s’attarde, L’Afrique doit penser pour ne pas mourir. Car combien de temps nous faudra-t-il encore avant de percevoir le sens du mouvement des aiguilles sur l’horloge du monde ?

FRANTZ FANON disait : « chaque génération dans une relative opacité doit découvrir sa mission et la remplir ou la trahir ». Aussi, pour découvrir notre mission, nous devons prendre le temps de lire et de penser, car prendre le temps de lire c’est la source du savoir et prendre le temps de penser c’est la source du pouvoir.

En prenant le temps de lire, nous réalisons que les expériences de modernisation économique et politique des pays du sud ont atteint leurs limites dans les années 80, avec l’adoption dans la plupart des pays sous-développés des programmes d’ajustement structurels. Or, ces programmes n’ont pas réussi à initier de nouvelles dynamiques de croissance dans ces pays, ni à améliorer leur insertion internationale ; au contraire ils ont détruit les appareils productifs, y compris l’agriculture.

Ensuite a suivi la période de post ajustement dans les années 90, marquée par un déclin des programmes d’ajustement, faisant suite à la faillite des modèles élaborés et soutenus désespérément sans succès par les institutions internationales.

Depuis le début des années 2000, nous sommes passés à un nouveau concept, celui de la globalisation de l’économie mondiale, de l’organisation mondiale du commerce (OMC). Cette globalisation est devenue une donnée incontournable. Les barrières douanières tombent progressivement entre les pays industrialisés, la délocalisation des multinationales s’accentue, celles-ci fusionnant et se délocalisant vers les zones à capitalisation intensive de main d’œuvre et /ou vers des paradis fiscaux réels ou supposés, maximisant le profit global consolidé.

Dans cette recherche effrénée de maximisation des profits, la recherche des paradis fiscaux semble séduire les multinationales : taux d’impositions bas, meilleure rémunération de leurs risques, taux d’intérêts bancaires bas sur les investissements…etc.

Pendant ce temps, dans les pays du sud et particulièrement en Afrique, les taux d’imposition sur les bénéfices, l’impôt sur la consommation* (TVA) et sur les revenus plafonnent, les taux d’intérêts créditeurs sont décourageants pour l’épargne et les taux d’intérêts débiteurs prohibitifs** pour l’investissement. L’ouverture des barrières douanières leur sera bientôt imposée à travers les accords de partenariat économique (APE).Le tissu industriel embryonnaire des pays du sud, déjà sinistré par l’ajustement structurel, va être détruit face à la concurrence sauvage des produits manufacturés bénéficiant des grandes économies d’échelle et/ou des subventions Etatiques.

Quel avenir pour les pays du sud et l’Afrique en particulier dans ce contexte ?

Notre ambition est d’esquisser une ébauche sur le volet de la réflexion sur la fiscalité prospective africaine. Que devons-nous faire ?

-Nous devons Aller voir ce qui se passe ailleurs, analyser, comparer, rechercher une dynamique plurielle afin de fonder de nouvelles pratiques fiscales et des stratégies de développement.

-Nous devons détruire la conception manichéenne de l’économie que la globalisation nous impose, à savoir : « les matières premières sont produites en Afrique et transformées en occident ».

La réflexion africaine peut construire le socle de cette politique hyper attractive (taux d’impositions bas, bas taux d’intérêts débiteurs, mesures fiscales super attractives, exonérations diverses) afin de mettre sur pied une force motrice attractive pour les investisseurs par pôle de croissance afin d’inverser le drainage des ressources de la périphérie au centre. Les dirigeants politiques africains devront prendre le relais après avoir été édifié par les « bons conseils d’amis » du FMI et de la Banque Mondiale qui leur ont ouvert les yeux.

Il y a des voies d’espoir que nous pouvons explorer. Les efforts faits jusque-là dans les initiatives d’attirer les investisseurs sont encourageant en ce qui concerne le sens des améliorations, mais demeurent peu attractives de manière comparative, parce qu’on n’est pas toujours allé voir ce qui se passe ailleurs pour moduler nos offres. La maîtrise de la fiscalité comparée devrait constituer un maillon incontournable d’une telle démarche.

Ensemble nous pouvons tenir ce pari. Nous pouvons penser ce socle, car l’absence de pensée libérée et proactive figure en bonne place parmi les causes de notre dérive collective.

Comme l’a affirmé le Professeur Maurice Kamto dans sa publication  "L’urgence de la pensée", "nous n’avons jamais vu venir les crises, nous n’avons jamais su nous en sortir parce que l’esprit dans la poche, nous avons fait naufrage au quotidien ’’. Oui, Il y a urgence de la pensée en Afrique, pensée politique, pensée sociale, pensée économique, pensée tout court. Il y a urgence de comprendre que la pensée est partout et toujours le moteur de la dialectique sociale, du progrès de la civilisation, de la démocratie, du développement économique. Mieux que l’aide financière qui asservit, la pensée seule pourra permettre d’accomplir l’indispensable révolution des esprits et libérer le géni embastillé en nous.

Nous devons disséquer, analyser, commenter et expliquer, car cette pensée devra structurer nos futures actions et celles de nos dirigeants qui se devront de bien penser la politique avant de l’exercer, de bien penser l’économique avant de l’implimenter. La libre communication des pensées structurées servira d’humus pour fertiliser le vecteur de transformation économique et préparer le sillon dans lequel se construira l’Afrique économique nouvelle, fière de ses penseurs et riche de nouvelles options novatrices, car il n’y a ni dignité, ni respect pour les nations pauvres.

Dans la méthodologie sur la réflexion fiscale, des valeurs de référence doivent servir de balise pour la confrontation aux valeurs des sociétés évoluées. Ces valeurs de référence, nous les avons, il nous suffira de collecter toutes celles disparates en vigueur dans nos législations fiscales, dans celles aussi des occidentaux et des asiatiques, de les rassembler, de les analyser, de les disséquer et d’en extraire la quintessence.

Ensuite suivra une analyse comparée qui nous permettra de tirer le meilleur parti des analyses comparées avec les modèles occidentaux et asiatiques afin de proposer les meilleures combinaisons possibles.

Il sera question dans cette phase de cerner les défis et enjeux qui engagent l’Afrique, de combler les déficits d’appropriation des connaissances en matière de politiques économiques modernes (fiscalités douanières, fiscalité d’entreprise, …), de combler le déficit de lisibilité politique et économique, de combler le déficit de perspectives et d’anticipation tout court.

Une fois cette technique apprivoisée, l’insertion de l’enseignement de la fiscalité comparée dans les programmes des enseignements des universités des pays du Sud semble être la voie de idéale pour ancrer et perpétuer une telle démarche prospective.

Moïse NTOWE, Senoir Tax Auditor

Site Web: www.fiscalistentowe.com

E mail:

moisentowe@yahoo.fr

 

* à titre d’illustration, le taux de la TVA est de 5% aux Etats-Unis, mais plafonne à 19,25% en Afrique Centrale (au Cameroun).

L’Impôt Sur les Sociétés (IS) y est de 38,5%, l’impôt sur les distributions des dividendes de 16,5%. Soit un cumul est de 55%. Sommes-nous plus royalistes que les rois ?

**le taux d’intérêt débiteur tourne autour de 24% contre moins de 6% pour le taux d’intérêt créditeur.

 

, le penseur et théoricien de la politique économique des Etats Unis disait  avec force: "La vraie industrialisation doit reposer sur le développement d’un appareil productif interne".